← Retour à la réglementation

GESTION DES ALLERGÈNES MAJEURS EN RESATURATION

Déclaration obligatoire des allergènes et risques de contamination croisée.

Gestion des allergènes en restauration : identifier, prévenir et informer

En restauration, la maîtrise des allergènes ne se limite pas à afficher quelques pictogrammes sur un menu. Elle commence dès la réception des matières premières et se poursuit jusqu’au service du plat au client.

Une erreur de recette, un changement de fournisseur, un ustensile partagé ou une information mal transmise entre la cuisine et la salle peut exposer un client allergique à un ingrédient qu’il cherche précisément à éviter.

Les bonnes pratiques professionnelles reposent donc sur trois axes :

IDENTIFIER → PRÉVENIR LE CONTACT CROISÉ → INFORMER LE CLIENT

Les ressources professionnelles consultées insistent particulièrement sur la réception, le stockage, les équipements, le nettoyage, la traçabilité et la communication entre cuisine et salle.

1. Allergie et intolérance : quelle différence ?

Les deux notions sont souvent confondues.

  • Allergie alimentaire

Une allergie implique une réaction du système immunitaire après exposition à une substance normalement inoffensive pour la majorité de la population.

Selon la personne et l’allergène, une quantité très faible peut parfois suffire à déclencher une réaction.

  •  Intolérance alimentaire

L’intolérance ne repose généralement pas sur le même mécanisme immunitaire. Elle peut notamment être liée à une difficulté de digestion ou d’assimilation d’un constituant alimentaire.

L’exemple le plus connu est l’intolérance au lactose.

Point important

Lait ≠ lactose

Le lait constitue un allergène réglementaire. Une personne allergique aux protéines du lait ne présente pas nécessairement le même problème qu’une personne intolérante au lactose.

Pour le restaurateur, il est donc essentiel de ne pas improviser une réponse lorsqu’un client demande :

« Ce plat est-il sans lait ? »

Il faut connaître précisément les ingrédients et les composants de la recette.

 

2. Quels sont les 14 allergènes de référence au Maroc ?

Le Maroc dispose lui aussi d’une liste réglementaire.

L’annexe I du décret n°2-12-389 relatif à l’étiquetage des produits alimentaires identifie 14 catégories d’ingrédients ou auxiliaires technologiques susceptibles de provoquer une allergie ou une intolérance.

Les 14 allergènes

  1. Céréales contenant du gluten
    Blé, seigle, orge, avoine, épeautre, kamut et leurs dérivés concernés.
  2. Crustacés
  3. Œufs
  4. Poissons
  5. Arachides
  6. Soja
  7. Lait, y compris le lactose
  8. Fruits à coque
    Amandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de pécan, noix du Brésil, pistaches, noix de Macadamia…
  9. Céleri
  10. Moutarde
  11. Graines de sésame
  12. Anhydride sulfureux et sulfites
    au-dessus du seuil réglementaire de 10 mg/kg ou 10 mg/l exprimé en SO
    ₂ total.
  13. Lupin
  14. Mollusques

Le décret prévoit également certaines exceptions techniques pour des dérivés spécifiques dont le niveau d’allergénicité a été considéré différemment. 

3. Que prévoit la réglementation marocaine ?

Le texte principal à retenir est le :

Décret n°2-12-389 du 22 avril 2013 fixant les conditions et modalités d’étiquetage des produits alimentaires, modifié notamment en 2018.

Son article 11 prévoit, pour les produits préemballés, l’indication du nom de tout ingrédient ou auxiliaire technologique susceptible de provoquer une allergie ou une intolérance figurant dans l’annexe I.

L’article 19 prévoit en outre que l’allergène doit être mis en évidence par rapport au reste de la liste des ingrédients, par exemple grâce :

  • Au caractère ;
  • Au style ;
  • Ou à la couleur de fond.

Lorsqu’il n’existe pas de liste d’ingrédients, le texte prévoit la formulation « contient… » suivie du nom de l’allergène concerné.

Et pour la restauration ?

Il faut être précis sur ce point.

Le décret s’applique aux produits alimentaires mis sur le marché national et inclut notamment les produits livrés ou servis dans la restauration collective. Il prévoit également la transmission des informations nécessaires concernant les produits non préemballés destinés au consommateur final ou à la restauration collective.

Cependant, les dispositions de l’article 11 concernant la présentation détaillée des allergènes sont formulées spécifiquement pour les produits préemballés.

Il est donc préférable de ne pas écrire :

« La réglementation marocaine impose exactement le même affichage des 14 allergènes sur chaque menu de restaurant qu’en Europe. »

Les textes vérifiés permettent en revanche d’affirmer que l’information relative à la composition susceptible d’avoir un effet néfaste sur certains consommateurs doit être fiable, accessible et transmise correctement dans la chaîne alimentaire.

Pour un restaurant ou un hôtel, utiliser les 14 allergènes réglementaires comme référentiel pour les fiches recettes, menus, buffets et procédures internes constitue donc une approche cohérente de maîtrise du risque.

4. La gestion des allergènes commence à la réception

Un établissement ne peut pas informer correctement le client s’il ne connaît pas précisément la composition des produits qu’il achète.

À réception, il faut notamment vérifier :

  • La dénomination du produit ;
  • La liste des ingrédients ;
  • Les allergènes déclarés ;
  • Les éventuelles mentions du fabricant ;
  • Le numéro de lot ;
  • La fiche technique lorsque nécessaire.

Un changement de marque ou de fournisseur peut modifier une recette.

Exemple

La mayonnaise utilisée depuis plusieurs mois contient :

ŒUF + MOUTARDE

Le fournisseur est remplacé.

La nouvelle référence contient :

ŒUF + MOUTARDE + SOJA

Si la fiche allergène du restaurant n’est pas mise à jour, l’information donnée au client devient incorrecte.

Règle essentielle : tout changement de produit ou de recette doit déclencher une vérification des allergènes.

5. Construire une matrice allergène

L’un des outils les plus pratiques en restauration est une matrice allergène.

Exemple :

Cette matrice doit être construite à partir des : Fiches techniques fournisseurs + recettes réelles + ingrédients réellement utilisés.

Elle doit surtout être mise à jour.

Une fiche exacte en janvier mais jamais révisée peut devenir fausse après plusieurs changements de fournisseurs ou de recettes.

6. Attention au contact croisé

Un plat peut ne contenir aucun allergène dans sa recette théorique et pourtant être exposé accidentellement à un allergène pendant sa préparation. C’est le contact croisé allergénique.

Exemple

Un couteau est utilisé pour découper un gâteau contenant des noix. Le même couteau est ensuite utilisé pour une préparation annoncée « sans fruits à coque ». Même si les noix ne figurent pas dans la seconde recette, des traces peuvent être transférées.

7. Comment éviter les contacts croisés ?

Séparer les produits

Dans les réserves et chambres froides :

  •   Utiliser des contenants fermés ;
  •  Identifier clairement les préparations ;
  • Éviter les emballages ouverts ;
  • Séparer lorsque nécessaire les ingrédients présentant un risque particulier.

il est recommandé notamment l’utilisation de récipients hermétiques correctement identifiés pour les préparations contenant des allergènes.

Utiliser du matériel dédié lorsque nécessaire

Par exemple :

  • Planches ;
  • Couteaux ;
  • Pinces ;
  • Spatules ;
  • Bacs.

Un système de codes couleurs peut faciliter l’organisation.

Nettoyer correctement

Un simple essuyage du plan de travail n’est pas une méthode suffisante.

Il faut appliquer une procédure définie :

Organiser l’ordre des préparations
Lorsque la cuisine ne dispose pas d’un espace entièrement séparé, une bonne organisation peut réduire le risque.

8. Le buffet : une zone particulièrement sensible

Dans un hôtel ou un restaurant buffet, la gestion devient plus complexe.

Pourquoi ?

Parce que les clients peuvent :

  • Déplacer les pinces ;
  • Utiliser la même cuillère pour plusieurs plats ;
  • Faire tomber un aliment dans un autre bac ;
  • Mélanger involontairement deux préparations.

Bonnes pratiques

Un plat = un ustensile dédié

Les pinces et cuillères doivent rester associées à leur préparation.

Identifier les plats

Le nom du plat et les allergènes concernés doivent être facilement consultables.

Surveiller le buffet

Le personnel doit contrôler régulièrement les ustensiles et les éventuels mélanges.

Remplacer plutôt que simplement retirer

Si un plat censé être adapté à une personne allergique a été contaminé par un autre aliment, enlever uniquement le morceau visible ne permet pas nécessairement de supprimer le risque.

9. Attention aux huiles de friture

Un autre exemple fréquent concerne les friteuses :

Pour une personne allergique, le raisonnement ne peut donc pas se limiter aux ingrédients des frites.

Il faut également connaître le procédé de fabrication.

C’est pourquoi la matrice allergène doit être reliée aux pratiques réelles de cuisine et pas uniquement aux fiches recettes.

10. « Sans gluten » ou « sans allergène » : attention aux promesses

Déclarer qu’un plat est « sans » un allergène signifie que l’établissement doit pouvoir maîtriser suffisamment le processus pour soutenir cette information.

Il faut notamment considérer :

  • Les matières premières ;
  • Les ingrédients composés ;
  • Les surfaces ;
  • Les équipements ;
  • Les ustensiles ;
  • Les friteuses ;
  • Le stockage ;
  • Les manipulations.

La réglementation marocaine interdit de fournir une information susceptible de tromper le consommateur et exige que les informations concernant les caractéristiques et la composition du produit soient claires et précises.

Il est donc préférable de ne jamais promettre une absence totale lorsque l’établissement ne peut pas réellement la garantir.

11. La communication entre la cuisine et la salle

La maîtrise technique en cuisine ne suffit pas si l’information n’arrive pas correctement au client.

Le personnel de salle doit savoir :

  1. Écouter la demande du client ;
  2. Ne pas deviner ;
  3. Consulter la documentation disponible ;
  4. Transmettre la demande à la cuisine ;
  5. Confirmer l’information avant de servir.

Le personnel ne devrait jamais répondre :

« Normalement, il n’y en a pas. »ou :« Je pense que c’est bon. »

Une réponse sûre est basée sur une information vérifiée.

12. Gestion d’un client déclarant une allergie

Une organisation simple peut être mise en place :

13. Que faire en cas de réaction allergique ?

L’établissement doit disposer d’une procédure d’urgence connue des équipes.

Si un client présente une réaction potentiellement grave :

  • Alerter immédiatement les secours selon le dispositif local ;
  • Prévenir le responsable ;
  • Suivre les consignes d’urgence de l’établissement ;
  • Ne pas laisser la personne seule ;
  • Conserver les informations sur les plats et ingrédients consommés ;
  • Enregistrer l’incident.

Pour les médicaments d’urgence, leur utilisation doit respecter les consignes médicales applicables au client et les procédures de l’établissement ; le personnel ne doit pas improviser une administration pour laquelle il n’est pas autorisé ou formé.

Votre instruction interne prévoit également une section spécifique consacrée à la gestion des réactions allergiques, en complément de la prévention et de l’information.

14. Former les équipes

La formation doit concerner la cuisine mais également la salle, les achats, le magasin et le management.

Chaque collaborateur devrait notamment comprendre :

  • Ce qu’est un allergène ;
  • La différence entre allergie et intolérance ;
  • Les 14 allergènes de référence ;
  • Comment lire une étiquette ;
  • Comment éviter le contact croisé ;
  • Comment utiliser la matrice allergènes ;
  • Comment répondre à une demande client ;
  • Comment réagir en cas d’incident.

La procédure interne que vous avez fournie fait elle aussi de la formation du personnel l’un des éléments structurants du dispositif de maîtrise.

15. Une méthode simple de gestion des allergènes

Pour un restaurant ou un hôtel, le système peut être résumé ainsi :


Disposer d’une procédure en cas de réaction. 

 

16. Les erreurs les plus fréquentes

Vidéo : 

Unilever Food Solutions - Les allergènes alimentaires